Débat de Folie et d’Amour, de Louise Labé

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Débat de Folie et d’Amour, de Louise Labé

publiée dans Théâtre des femmes de l’Ancien Régime, vol. 1, XVIe s., 2007.
Direction : A. Evain, P. Gethner & H. Goldwyn.
Édition : Éliane Viennot.

Sur Louise Labé et son théâtre

 

Introduction : « Le Débat de Folie et d’Amour est l’œuvre de Louise Labé qui a le plus vite connu la notoriété (…) Il faut dire que l’œuvre a de quoi étonner. Le genre du débat est ancien, mais le traitement est résolument « moderne », c’est-à-dire humaniste : l’œuvre est en partie inspirée du Dialogue des Dieux de Lucien et de l’Éloge de la folie d’Érasme, et elle reflète les discussions qu’engendrait alors la redécouverte du Banquet de Platon dans les milieux lettrés, à propos du rôle (philosophique, moral, social) de l’amour. L’œuvre est aussi résolument drôle et impertinente (…) Des critiques mordantes se glissent ainsi sous la bonhomie du texte. Louise Labé se moque d’un monde judiciaire fonctionnant pour lui-même, des grands qui s’arrangent avec la morale, des jeunes seigneurs qui se croient tout permis, des ratiocinations savantes. Elle épingle aussi – c’est plus original encore – l’arbitraire de l’inégalité sociale et les effets de la domination masculine (…) Elle appelle, enfin, à l’avènement d’un nouveau théâtre, par les allusions à l’histoire des genres dramatiques dont elle parsème son texte, et surtout par l’éblouissante démonstration qu’elle réalise ici, dans ce mélange inédit d’un comique raffiné et d’un débat d’idée complexe, porté par de vrais personnages. »

« Argument : Jupiter faisait un grand festin, où était commandé à tous les dieux se trouver. Amour et Folie arrivent en même instant sur la porte du palais ; laquelle étant jà* fermée, et n’ayant que le guichet ouvert, Folie voyant Amour jà* prêt à mettre un pied dedans, s’avance et passe la première. Amour, se voyant poussé, entre en colère ; Folie soutient lui appartenir de passer devant. Ils entrent en dispute sur leurs puissances, dignités et préséances. Amour, ne la pouvant vaincre de paroles, met la main à son arc, et lui lâche une flèche, mais en vain, pource que Folie soudain se rend invisible ; et se voulant venger, ôte les yeux à Amour. Et pour couvrir* le lieu où ils étaient, lui mit un bandeau, fait de tel artifice qu’impossible est lui ôter. Vénus se plaint de Folie, Jupiter veut entendre leur différend. Apollon et Mercure débattent le droit de l’une et l’autre partie. Jupiter, les ayant longuement ouïs, en demande l’opinion aux dieux puis prononce sa sentence. »

Extrait : discours I.

Édition originale en ligne